Espaces et doutes – DAMAS – 2005


« L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner, il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête. »

Georges Perec, « Espèces d’espaces », 1974 .

Inscrit dans la continuité de « Causa democratica »*, ce travail s’intéresse à ce qui n’est normalement pas digne de représentation, pas digne d’être mis en exergue par une photographie. Il vise à comprendre, prendre avec soi un territoire. Cela implique d’en donner une image qui relève de la plus pure subjectivité, aucune vision ne voulant dénoncer, prendre parti, ou même montrer avec la rigueur d’un géomètre. Non, il s’agit de partir à la rencontre de cette banalité du quotidien dans laquelle se trouve, selon André Breton, le ressort poétique ; de saisir, comme l’écrit Albert Camus, l’opportunité d’un geste dans le paysage, bref de devenir un géomètre de hasard.

C’est avec ces idées-là que j’ai abordé cette nouvelle recherche.

Mais chaque voyage réserve ses surprises…

Tout d’abord se documenter. Aucun des guides sur la Syrie que je trouvais ne montrait d’images de Damas. Avant mon départ, cette ville restait pour moi, à proprement parler, inimaginable.C’était dans un territoire totalement vierge que j’allais atterrir.

Je décidai de m’y perdre, de me constituer « naufragé volontaire », de me laisser guider par une vue, une lumière, de décrire des cercles, de repasser plusieurs fois aux mêmes endroits, afin de sentir le mouvement, le rythme de Damas. Dans cette errance, je faisais des images, beaucoup d’images. Plus tard elles seraient là pour raconter l’histoire de cette ville, mon histoire dans cette ville.

Quelque temps après, devant une première sélection, je me suis mis à réfléchir à ce que représentait Damas pour moi. Me vinrent deux histoires. Celle de saint Paul tout d’abord. Parti à Damas trouver la lumière après une traversée du désert, pour apaiser sa colère. Ensuite cette sourate du Coran disant que le Christ, prophète de l’Islam, reviendrait à Damas.

C’est cette dimension symbolique qui a guidé la mise en forme des images. Elle reprend le mode de représentation du retable. Deux retables qui ne retracent pas l’histoire d’un saint ou d’un prophète mais celle d’un homme parti trouver cette poésie avec laquelle l’homme construit sa maison.

Abonnez-vous à mon blog

Recevez directement le nouveau contenu dans votre boîte de réception.

%d blogueurs aiment cette page :